#KitabDuMois L'orangeraie

J'ai l'envie de partager de temps en temps mes impressions sur un livre qui m'a plu. Comme des milliers de bloggeurs à travers le monde, partager un coup de coeur littéraire ou une aventure originale dans un univers de mots est toujours un plaisir. Je m'attèle donc à essayer une fois par mois de présenter un livre, pour faire un rendez-vous mensuel, une idée lecture à piocher, ou pas.

Aller, commençons daba ! 

Un livre court, un style direct, simple, tantôt tranchant tantôt enfantin. L'auteur québécois nous plonge dans un pays du moyen-orient qu'il ne cite pas, mais qu'on devine très vite être la Palestine. Aux frontières d'Israël, au coeur d'un conflit sur lequel il ne pose pas de jugement sur un camp ni sur l'autre, il prend le parti de décrire le quotidien de cette famille palestinienne qui vivait paisiblement au creux des montagnes, au creux de son orangeraie.

La guerre vient percuter cet équilibre, tuant les grands-parents, et emmenant peu à peu les protagonistes de cette famille à faire des choix terribles. On suit ces péripéties à travers les yeux des deux enfants de la famille, Aziz et Amed, deux jumeaux de neuf ans, qui vont progressivement quitter leur enfance pour s'approprier la guerre, tout en conservant leur fraîcheur et leur insouciance. A travers leurs regard d'enfants, puis d'hommes, on se fait emmener dans une histoire aussi fluide qu'atroce, on pleure et on ressent à travers une maman qui doit faire l'un des choix les plus cruels que l'existence puisse imposer à une mère, on enrage, on ne comprend pas, et puis, in fine, on finirait presque par comprendre, les choix d'un père coincé entre la guerre, la pression, la protection de sa famille, le danger et la mort partout autour de lui.

Au-delà de la tragédie qu'il dépeint, ce roman permet de se plonger dans le quotidien d'une famille qui vivait paisiblement depuis des décennies sur ses terres, et qui peu à peu se lève chaque jour avec l'éventualité que ce soit le dernier jour dans cette orangeraie. L'ennemi s'est installé, un ennemi contre lequel personne n'avait envie de lutter, chacun préférant laisser ce combat à d'autres, plus engagés, dans un espoir de tranquillité. Mais c'est l'ennemi qui vint à eux, avec cette bombe qui explosa sur la maison d'à côté, et c'est le combat qui vint à eux, avec ces résistants, ces militants, malheureusement pas toujours honnêtes, mais sachant très bien se servir des faiblesses de leurs semblables, pour les convaincre de l'inacceptable. 

La deuxième partie du livre offre une approche psychologique très intéressante de la part de l'un des personnages, qui revient sur les faits terribles qui ont marqué son enfance, et qui plonge le jeune homme dans notre univers occidental si bien polissé, où l'on peut rejouer sur une scène le théâtre de ces horreurs de guerre quotidienne. Comment survivre avec ces blessures ? Comment les retranscrire sur les planches et en recueillir des applaudissements, quand on a le coeur qui saigne encore du prix que cela a coûté ?  L'introspection s'effectue aussi par le metteur en scène de cette pièce de théâtre finale, qui se questionne sur sa propre légitimité à parler d'une guerre qu'il ne connaît pas, de sentiments qu'il imagine mais sans finalement ne jamais les avoir vécus... 

J'ai aimé dans ce livre le fait que Laurent Tremblay ne prend pas de parti. Il décrit certes le dépassement inhumain de certaines limites, il décrit le mensonge de la guerre, il décrit les horreurs que l'on peut infliger à l'autre camp mais aussi au sien propre ; il évoque la religion musulmane mais sans en faire un portrait critique, il dépeint bien plutôt la malhonnêteté des personnes qui s'en servent auprès d'autres pour arriver à leurs fins. Il nous fait nous questionner sur ce qu'on aurait fait ou pas à la place de ce père de famille ; il nous montre aussi comment une telle situation peut être vécue par deux enfants, qui comprennent finalement tout, et sont bien plus matures que les adultes qui les entourent. On referme le livre en se demandant comment est-ce possible qu'une telle guerre perdure encore ? Que loin de notre confort si agréable, des familles entières, qui n'ont rien demandé, endurent des calvaires sans nom, subissent des coups chaque fois plus durs. On se demande comment est-ce possible que le monde laisse ceci perdurer... Abandonne des millions de Aziz et Amed dans le monde à un sort cruel. Et après, on s'étonne que le monde tourne à l'envers...

Gawria Aromatisée

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