Casablanca passe à la machine à laver



J'aime bien ça ici à Casa. La pluie. Pour moi qui ai grandi dans un pays où la pluie fait partie du quotidien, où l'on râle par habitude mais sans y penser vraiment, j'aime bien ce qui se passe ici quand tombent les premières gouttes de pluie.

Crédits photo : Ahmed Boussarhane
Je ne m'attarderai pas sur les dégâts causés, qui sont tellement regrettables mais ont été déjà largement partagés hier. 
  
J'aime bien l'effervescence qui naît autour de ce moment si particulier. Toutes et tous, on ne parle que de ça. On regarde l'effet des gouttes à travers les carreaux, on prend un cliché qu'on partagera sur Instagram, on apprécie l'ambiance, même trempés jusqu'aux os, on pense aux champs et aux agriculteurs heureux, on se réjouit, on est un peu fascinés par cette force naturelle, un peu désabusés aussi quand on voit les inondations causées en quelques minutes à cause d'infrastructures pas adaptées. Ici quand il pleut, chaque journal sort sa chronique, chaque média a son approche, et les articles fleurissent dans tous les sens, la plupart pour dénoncer les problèmes que la pluie révèle. Le mien sera un peu plus candide, par amour pour ma ville.

J'aime bien ici parce que plein de gens sont heureux quand vient la pluie. Pourtant sous l'eau Casa se transforme : les voitures n'ont aucun scrupule à repeindre les piétons de boue, les trottoirs se muent en mines anti-personnelles, les parapluies ne tiennent qu'une demi-matinée à cause du vent fou qui les malmène, les chaussures neuves perdent tout leur éclat en une sortie, les maisons révèlent leurs points faibles, leurs fenêtres qui ferment mal et les plafonds qui s'imbibent, les escaliers d'immeubles se changent en mares, et la conduite n'en n'est que plus folle quand les klaxons se mêlent au son des des gouttes sur les pare-brise.

J'aime bien cette ambiance si particulière, où l'on sent à quel point la pluie lave la ville. Casablanca, ville de poussière et de chaleur, est soudainement mise à la machine à laver, ça dure une journée, il y a du vent, de la pluie dans tous les sens, ça frappe, ça mouille, ça tord Casa, et puis soudain le rythme se calme, la pluie cesse, et le lendemain c'est un beau soleil qui vient sécher la ville, apaisée, propre, sereine. La machine à laver a terminé son cycle, et on reprend nos habitudes, nous aussi un peu lavés dans nos esprits et dans nos cœurs, un peu comme Casa.

J'aime bien Casa sous la pluie, car c'est la promesse de moments de paix. Quand la pluie bat les carreaux de nos fenêtres plus ou moins étanches, quand la fraîcheur commence à envahir l'extérieur, on reste bien au chaud dans nos maisons, les nocturnes de Chopin en fond musical, une petite lumière tamisée, un après-midi nutella-DVD, profiter, sans culpabiliser, et réduire notre to-do-list home de toutes les tâches que l'on ne fait pas jamais... 

Ce sentiment je crois qu'on le partage tous, car toutes celles et ceux qui me parlent de la pluie ont cette même réflexion : ça fera du bien à Casa. Notre énorme métropole qui prend son bain, c'est bon pour le moral, c'est bon pour elle, c'est bon pour nous.

Alors oui, ici, j'aime la pluie.

Gawria Aromatisée

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