Sons of Casablanca

Si Casablanca me touche, c'est par son extrême beauté, son émotion, sa sensibilité à fleur de peau... et aussi, c'est vrai, sa misère, ses épreuves, ses coins sombres.

Prendre une carte postale, sourire devant le côté sunset, la retourner, lire entre les lignes et découvrir les bosses et les nuits noires, et puis l'aimer quand même, pleurer avec elle, et espérer si fort que tout cela n'existe plus.

Credit : Hicham Bennani
Les côtés sombres de Casa, on pourrait en faire une liste géante, bien sûr, comme toutes les métropoles, ces énormes centres urbains de pays qui comptent encore tellement de personnes illettrées, ou avec trois fois rien à manger.

J'ai une pensée pour ces familles qui partagent un carré de tôle comme maison, pour ces gamins qui nous vendent des trident et des mouchoirs aux feux rouges, pour ces vieilles dames assises dans la rue (comme Saida dont je vous parlerai dans un prochain article), pour ces Hajj de 80ans qui sont assis sur des pastèques dans une charrette le matin en direction du centre...

J'ai une pensée, une pensée un peu remuante, pour ces filles de Casa qui sont victimes de toutes formes de violence, du harcèlement dans la rue, de coups, de viols, d'intimidations, de menaces, de violences sexuelles. Pour ces petits tout innocents à qui l'on vole leur enfance, qui se font frapper, menacer, abuser, violer. Pour ces femmes pseudo adultères ou ces jeunes filles que des hommes mettent enceintes pour leur simple plaisir physique d'une nuit, d'une heure, d'une minute, puis abandonnent, et qui se retrouvent reniées par leurs familles, mères célibataires, sans rien, absolument rien pour rester vivantes physiquement et moralement. Pour ces jeunes qui en déchirent d'autres, ces coups de folie et de désespoirs, ces crimes, ces meurtres, ces règlements de compte, ces suicides, ces terribles situations financières... Pour ces bébés, qui naissent déjà abimés par la vie, dont le premier berceau est une poubelle, entre une peau de banane, un pneu et un reste de tajine. J'en fais des cauchemars, j'en ai le cœur qui saigne, moi, qui ne peux que contempler ce triste spectacle, mais qui vit dans ma belle vie dorée, avec ma compassion finalement inutile... 

Et pourtant.

Et pourtant ces mêmes enfants, abandonnés à la naissance, qui ont grandi dans la rue ou dans la gare routière de Oulad Ziane ; pourtant ces gosses-là sont aussi joyeux et emplis d'amour que n'importe quels autres. J'ai passé une journée avec eux, parmi eux, j'ai été scotchée et le resterai je crois pour le restant de ma vie. Quand Soufiane a passé ses bras autour de mon coup en me suppliant de venir jouer avec lui, s'est accroché à moi comme aucun enfant ne l'avait jamais fait, j'ai senti tellement, tellement d'indescriptibles choses. Toute sa vie est passée dans ce geste, et je le porterai en moi à tout jamais. 

Ce n'est pas une leçon de vie qu'ils nous apprennent, c'est un véritable retour à l'essentiel, c'est une blessure ouverte qui sourit quand même, c'est l'humanité dans son expression la plus vive, c'est la raison de mon existence qui m'a sauté aux yeux, c'est la moelle de ce que ce monde contient de plus émouvant.

Et pourtant l'espoir existe, et il doit se faire entendre. Et pourtant il y a des personnes comme Aïcha Chenna pour ne citer qu'elle, mais aussi des centaines d'autres, qui font tout ce qui est en leur pouvoir pour aider, une, deux, dix, cent personnes à s'en sortir, en dépit des horreurs qu'elles ont vécues. Des associations, des orphelinats, des donateurs... Tous, nous sommes tous concernés par cette triste misère, et chacun se mobilise, à son niveau. Continuons, et rendons hommage à toutes celles et ceux qui donnent tout.

Que Dieu aide Casa, elle a besoin d'aide.

Gawria Aromatisée

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