Dans les souks du zérokat

Le zérokat, ou 04, c'est un peu le 9-3 à la marocaine, le Seine-Saint-Denis casawi si l'on peut dire. C'est un peu la zone de non-droit, soi-disant, où finalement des tas de gens vivent et survivent en s'en portent très bien.


Le zérokat, c'est un mélange de quartiers pops et de coins plus huppés, de ruelles calmes et de boulevards animés. On y trouve tout ce que l'on peut désirer, du souk des Orphelins à l'3m3la et sa beauté.

Des vols ? Il y en a partout. Qu'un seul Mâarifien vienne me dire qu'il n'a jamais été victime ou spectateur d'un vol à l'arraché sur le Boulevard d'Anfa ou sur Zerktouni et je retire cet article.
Des agressions ? Partout. Tous les milieux sociaux, tous les quartiers, personne n'est à l'abri.
Des tcharmil à couteaux ? C'est justement à Mâarif que se trouve leur QG de salons de coiffure à visiter.

Bref, le zérokat, avant d'être une zone dangereuse et populaire, c'est un quartier avec sa culture et ses habitants. Tenez, il y a même des expressions typiques au zérokat ! "Ka oula maka ? Samaka". Si tu traduits, ça veut dire "Il y a ou il n'y a pas ? Poisson". Autrement dit : ne traduits pas. Utilises juste cette expression pour dire "J'ai raison ou pas ? Tu as raison". Bref, le zérokat, c'est un monde à part.

Le zérokat, je ne connais pas exactement son étendue, mais je dirais qu'il part de Hay Sidri et Sidi Othmane jusqu'à Sidi Moumen en passant par Hay Moulay Rachid. Les natifs, vous me corrigez ? En gros, entre un gars du zérokat et un kilimini d'Aïn Diab, il y a bien plus que 10km qui les séparent. 

Le zérokat, c'est une vie qui grouille en permanence. Dans certains quartiers, les gens qui vivent dans des sortes de mi-immeubles mi-bidonvilles, avec des sentiers de terre en guise de route. Pas les moyens de s'acheter une voiture ou un grand appartement, une densité au m2 impressionnante, et des gosses partout partout. Ce que j'aime le plus, c'est le souk. Cette foule, cette agitation, jusqu'à 23h à la lumière des réverbères et de la lune, c'est magique. Rentrer du boulot et partir acheter des tomates là-bas pour préparer loubia, ça n'a pas de prix. C'est un plongeon dans un univers d'un genre nouveau.

Le zérokat, ce sont des jeunes qui se battent pour essayer de se construire un avenir. Qui prennent parfois un bus pendant 2 heures pour rejoindre le centre-ville, ou qui enchaînent trois taxis blancs, ou encore qui font du stop sur le bord du périf pour qu'une bonne âme les rapprochent de leur lycée, de leur centre OFPPT ou de leur université. Le zérokat, c'est le dortoir de jeunes et moins jeunes qui se lèvent avant toute la ville, prennent leur âne et leur charette et se rendent au marché de gros pour récupérer des légumes ou du poisson qu'ils iront vendre, après une traversée suicidaire en charette sur Oulad Ziane, dans quelque ruelle de Beauséjour ou de Hay Salama, dans l'espoir de récolter une poignée de dirhams... Ce ne sont pas des clichés. Le zérokat, c'est l'histoire de femmes qui doivent parfois compter sans l'électricité, et qui font la lessive de toute une famille à la main, qu'elles iront étendre sur les toits ou dans rue. Le zérokat, c'est le royaume des gosses qui changent les impasses en terrains de foot et qui dévalent les ruelles avec du pain chaud tout juste sorti du farhan du quartier. C'est aussi le territoire des tout-petits bambins qui se baladent seuls, sans tenir la main d'un adulte ou d'une grande soeur, et qui marchent les mains dans les poches, comme les grands. Le zérokat, c'est l'espace des Monsieurs en costume jaune qui triment pour nourrir leur famille, et qui enfourchent leur Peugeot 203 à 4h30 du matin pour rejoindre une usine d'Aïn Sebaa...

Alors oui, derrière le zérokat de karkoubi, de scooters volés et de repères de tcharmil, se cache un zérokat si riche, si beau, si vivant, si émouvant... C'est aussi un zérokat varié, car aux confins de Hay Moulay Rachid se trouvent aussi les ruelles plus aisées, et même des zones villas comme Hay Rahma... Zérokat, une société qui fourmille.

Aimer le Maroc, ce n'est pas juste embrasser son côté carte postale. C'est aussi savoir regarder ce qui est moins éclatant, et y trouver là la vraie richesse. C'est se confronter à de nouveaux espaces, à des milieux totalement inconnus qui peuvent sembler effrayants, mais se lancer sans a priori, et s'apprivoiser soi-même jusque dans ce genre d'endroits. Délaisser ses craintes pour découvrir des richesses d'un nouveau genre. La beauté est dans le regard de celui qui la contemple, et je peux vous le dire, le zérokat est vraiment beau.



Gawria Aromatisée

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