Comment j'éduquerai mon fils

Aujourd'hui je suis une femme presque marocaine. Ou, comme le dit le titre de mon blog, une "gawria aromatisée". Disons que, comme 99% des femmes dans ce pays (les 1% restant c'est cadeau pour faire taire les hypocrites), marcher dans la rue est juste un supplice. Je ne compte plus le nombre d'articles de presse ou de blogs qui décrivent ce malheureux phénomène, au Maroc mais aussi en Egypte comme le montre la superbe vidéo de cette courageuse cairoise (lien video). Alors que faire ? Me plaindre : ça c'est fait, refait, et refait encore. Râler, pester sur les réseaux sociaux : fait aussi. Trouver des moyens pour contourner le problème, j'ai tout essayé et il n'y a guère que marcher accompagnée d'un colosse (homme de 2m10 avec une coupe tcharmil par exemple, ou chien sauvage idéalement enragé et aboyant très très fort) qui fasse fuir les regards déplacés. Or, on ne peut pas franchement se déplacer tout le temps avec un garde du corps marocain. J'ai même tenté la djelleba noire informe + voile, ou encore le jogging énorme avec un sweet-shirt (autant dire que je ressemblais à Lalla Bibendum) : rien n'y a fait, je me suis faite embêter quand même ! J'ai aussi essayé de répondre à ces harcèlement : colère, menace... tout ce que j'y ai gagné furent des insultes et des jets de pierre, j'ai bien compris que la seule et unique solution était la suivante : baisser la tête, fermer ses oreilles, et tracer son chemin. Faire semblant. Et continuer à réfléchir à deux fois avant de descendre acheter son pain, ou encore prendre son courage à deux mains pour chaque promenade en ville. J'avoue, ce n'est pas cela qui m'arrête, moi qui adore marcher et découvrir ma ville, je fonce coûte que coûte, mais comme nous toutes, j'en paye le prix.


Alors j'ai réfléchi : puisque je ne peux guère y changer grand chose là maintenant tout de suite, je vais prendre sur moi, mais par contre je me fais une promesse : j'apprendrai à mon fils de respecter les femmes. Si l'on ne peut pas changer les hommes d'aujourd'hui, on peut changer ceux de demain. J'ai lu sur le blog d'une marocaine cette affirmation courageuse que d'aucuns blâmeraient trop facilement, qui montrait du doigt la part de responsabilité des femmes, nous, dans le comportement des hommes. S'ils restent les premiers et directs responsables de leurs travers, il y a forcément quelque part une responsabilité qui nous revient, à nous leurs mères, leurs femmes, leurs soeurs, leurs maris. Une éducation collective qui dédramatise ce genre d'actes, qui élève le petit garçon dans un champ d'impuni bien plus large que celui de sa soeur, qui tolère sans problème qu'il fréquente des filles avant le mariage alors que l'inverse est un crime, qu'il ne se soumette qu'à sa propre autorité, que jamais on ne lui parle de respect de la femme et d'amour, ou plutôt si mais qu'il se débarrasse trop vite de ce genre de délicatesse, que nous nous soumettions à sa vision des choses, en acceptant sa position de victime de sa masculinité au lieu de lui apprendre que non, ce n'est pas parce qu'il est un homme que ses pulsions envers les femmes sont irrépressibles, oui il peut se maîtriser quand il voit passer une jolie fille tout comme les femmes se maîtrisent quand elles voient passer un bel homme... 

Que ce soit clair, je ne suis pas là pour accuser une société de mal éduquer ses enfants : pour rien au monde je ne me permettrais de juger les femmes si incroyables de ce pays. Et je vis d'ailleurs entourée d'exemples d'hommes qui jamais ne siffleraient une fille ; ce qui prouve que cette conscience et cette éducation est bien là. Mais je me permets simplement de prendre conscience de ce rôle si important que j'aurai auprès de mes enfants de leur apprendre à se respecter, et à respecter le sexe opposé ; je réalise ce défi que j'aurai de les faire grandir et conserver ces valeurs de respect quand les tentations collectives les pousseront à dédramatiser le poids d'un petit "pssst"... Je me rends compte de la mission qui m'attend, je me rends compte que chaque maman fait de son mieux pour éviter cela, et qu'il en sera tout aussi délicat pour moi. Mais je me fais une promesse : je ferai tout pour que mon fils, inchallah, soit des plus galants et respectueux. Car le respect n'enlève rien à la virilité, au contraire, ce sont de ces hommes-là que les femmes rêvent vraiment.

Notre société marocaine est tellement pleine de valeurs ; cet islam si vivant ici est lui-même le premier porteur de ce message de respect entre les sexes ; les marocains sont des gens qui malgré toutes les tentations luttent chacun en eux pour tendre vers le bien ; c'est donc bien un réél espoir que nous offre notre Maroc, car il a tout pour réussir ce défi, et chaque femme qui subit ces harcèlements incessants nourrit ce petit rêve en elle et se dit : moi, je sais comment j'éduquerai mon fils.




Gawria Aromatisée

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