J'ai découvert Gaza à travers Casa

La France m'a menti. Mon pays natal, ma référence, mes origines, m'a caché des choses pendant des années. On pourrait dire que ce n'est pas vraiment du mensonge, juste quelques omissions, juste quelques arrangements. Ça a commencé pendant mes cours d'histoire, au collège et au lycée. Comme tous les français, j'ai étudié le conflit israelo-palestinien sur la base de nos livres et de nos profs. C'est à dire, sous un angle faussement "neutre". J'ai suivi de loin, de très loin, les différentes opérations meurtrières sur France 2 et TF1, au fil des années, avec pour seule lecture un fond de moyen-orient instable auquel on ne peut pas grand chose. J'ai reçu comme explications de la part de ma propre société qu'il s'agissait d'un conflit de religion qui émanait de juifs et d'arabes qui s'entretuaient. Il faut soulever que c'étaient quand même plutôt les arabes qui massacraient les juifs, et que c'étaient souvent les isréaliens les victimes du conflit. Il faut dire aussi que jamais les journalistes français n'avaient accès aux photos d'enfants palestiniens démembrés, ensanglantés, morts. C'est bizarre, quand même, quand on y repense. On m'a parlé de l'esclavage, la traite de noirs, l'apartheid aux Etats Unis et en Afrique du Sud ; on m'a parlé de l'empire romain et ses exactions, de l'Inquisition, du colonialisme européen (enfin celui d'il y a longtemps, étrangement on ne m'a pas mentionné l'histoire commune entre la France et le Maroc, et cette colonisation moderne... je l'ai découvert en arrivant ici !). On m'a appris, montré et presque fait toucher du doigt l'horreur du nazisme et l'extermination du peuple juif en Europe. J'ai lu des armadas de livres, regardé des centaines de films et documentaires, étudié des textes, pleuré même pour cette horrible page de l'histoire du monde. Mais à aucun moment on ne m'a montré, dans mon esprit bien formaté, qu'après ces atrocités, un état a été créé sur une terre ne lui appartenant pas ; jamais on ne m'a ouvert les yeux sur le fait que cet état a octroyé les terres d'un peuple, ses droits, condamné son avenir, tué ses enfants... Étrange... non ? 

Je crois que je suis autant coupable que mon pays finalement. Je n'ai jamais cherché à en savoir plus. Jamais cherché à comprendre vraiment, à m'extirper de ce prisme de lecture du monde que l'éducation nationale française m'a façonné. Il m'a fallu partir vivre ailleurs pour apprendre peu à peu à remettre en question une vision unilatérale de la planète, une lecture très française et orientée des événements du monde. Ce formatage des cerveaux va bien au-delà du conflit israélo-palestinien. Il vaut pour de nombreux événements. Et on pourrait d'ailleurs se dire qu'il est quasi inévitable. Les pays arabes comme les pays occidentaux ont leurs propres grilles de lecture qu'ils inculquent à leurs têtes blondes. C'est presque une fatalité, une obligation. Ou pas. Quoi qu'il en soit, c'est en m'enfonçant au sein d'une nouvelle culture que j'ai ouvert les yeux sur une toute autre manière de voir les choses. C'est en vivant au coeur de Casablanca, en discutant avec les uns et les autres, en surfant sur les réseaux sociaux, en vivant l'attaque israelienne de ce ramadan 2014 au milieu des casablancais, que mon esprit se révolte aujourd'hui devant tellement de violence et de silence dans les médias de mon pays, ma nation de justice et de droit de l'homme... Mon mari et moi, on ne pouvait plus regarder BFM TV ou TF1 pendant tout ce mois de ramadan : la manière de traiter le conflit nous écoeurait, comme des milliers de personnes dans le monde. La lâcheté, la suprématie des lobbyes et des enjeux politiques qui dépassent l'humain, c'est l'un des pires messages de désespoir pour l'humanité toute entière.

Au début, je me suis contentée d'écouter, puis de juger, assez rapidement, assez grossièrement. Je me disais que forcément, les marocains sont arabes, musulmans, alors de facto solidaires avec la Palestine. Je me croyais avoir plus de recul qu'eux, je me croyais, grâce à mon éducation, avoir un prisme de lecture neutre sur le monde. Je ne savais pas alors que j'avais été moi aussi formatée, à mon insu... J'ai mis un peu de temps à sortir de ce jugement hâtif, à réaliser que la neutralité dans ce conflit n'existe pas, tout comme l'argument de "conflit de religion"... Il m'a fallu des mois, pour apprendre à changer mon regard, à me renseigner, à lire et regarder des opinions totalement opposées, pour me forger mon opinion propre, et passer d'une croyance ignorante d'Israël victime à une position pro-palestinienne assumée. Il m'a fallu passer d'abord par le rejet des arguments que j'entendais autour de moi, accusant Israël de colonisateur, il m'a fallu relativiser, nuancer des tas de fois, pour finalement comprendre l'horreur saisissante de la réalité qui s'offre, si évidente, aux yeux de tous. Merci Maroc, pour m'avoir d'une part débarassée d'une lecture sans équivoque du monde qui m'entoure, et merci de m'avoir rendue solidaire avec l'une des plus affreuses injustices de notre époque. Merci de me faire prier pour la Palestine, avec sincérité, compréhension, compassion profonde, au nom d'aucun engagement politique ou religieux, mais tout simplement, humain.

Ce cheminement m'est propre, d'aucuns auront leur avis sur la question, je n'ai pu qu'emmagasiner les milliers de commentaires pour et contre glanés sur les réseaux sociaux, les atrocités lancées par les uns comme des autres, et cette guerre des idées ne s'arrêtera pas demain ; mais partager cette évolution personnelle, c'est pour moi exprimer à haute voix ma solidarité pour ce peuple injustement et impunément colonisé ; c'est montrer que rien n'est perdu, que nombre de citoyens européens, américains et de tous horizons défendent aussi la Palestine envers et contre leurs gouvernements, que des tas de consciences s'ouvrent partout dans le monde, que des gens agissent, prennent des positions, et que peut-être un jour tout cela changera. Comme Pink Floyd qui, il y a des années déjà, chantait pour la Palestine.

Croire en l'humain, est notre seul espoir. J'enrage, en pensant à cette tragédie contemporaine. Je pleure, en écrivant ces derniers mots.

#GodSaveThePalestine


Gawria Aromatisée

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