Ramadan, le mois de tant

C'est le mois où tout le pays change.
Le mois où tout tourne à l'envers. Où les journées sont longues, et les nuits si courtes. Le mois où bizarrement chacun de nous connaît l'heure du coucher de soleil à la minute près. Le seul mois où les habituels fêtards de la corniche ne croisent pas les prieurs de l'aube. Le mois où tout un peuple se lève au même moment, quelque soit le milieu social, le métier, l'âge, ce moment précieux du s7or matinal avant le lever du jour. Le mois des femmes, qui peuvent sillonner Casablanca sans craindre un seul regard, un seul harcèlement. Le mois sans insultes et sans énervements (enfin soi-disant). Le mois de la décence et de la démunition. Le mois où l'on prend conscience de notre condition. Le mois qui fonde des rêves en puissance pour l'année jusqu'au prochain Ramadan. Le mois de la foi et des mosquées pleines. Le mois de grâce pour la mosquée Hassan II et son parvis bondé. Le mois des enfants rois, maîtres du jour, vaillants au milieu d'adultes vivotant au ralenti. Le mois des sentiments, du retour à l'essentiel. Le mois des chbakiat, de harira et des briwates. Le mois de jeûne où l'on prend tous ces kilos paradoxes. 


Le mois des rues désertes quelques minutes avant le ftour, décorant Casablanca de boulevards apocalyptiques. Le mois du sevrage, où fumeurs et buveurs de café réussissent cet incroyable exploit de se priver plus de 15 h sans trop broncher. Le mois de la légereté, où les femmes lèvent le pied sur le maquillage et les hommes sur les cafés en terrasse. Le mois de 2M, le mois des sitcom, le mois des caméras cachées et autres pépites made in Morrocco. Le mois du SuperBowl de la publicité marocaine qui n'a de super que les milliers de dihrams encaissés par les chaînes. Le mois des dattes et des souks encore plus blindés. Le mois des touristes déçus qui galèrent pour trouver où se sustenter. Le mois des parents qui regardent avec tendresse les burgers Mac Do que leurs bambins sont en train de manger. Le mois de ces gosses, qui s'amusent à imiter l'3den quelques minutes avant le ftour, et observent les adultes qui hésitent autour, les yeux plein de malice. Le mois des plages désertées qui font le bonheur des expats. Le mois des siestes à n'en plus finir. Le mois de vacances posées pour ceux qui préfèrent le passer à l'étranger. Le mois où la ville revit le soir et dort en journée, où tout le monde se couche tard et où Casa tourne au rythme espagnol. Le mois des nutritionnistes et leurs tas de conseils. Le mois où bizarrement tout le monde se met au sport alors qu'on a trois fois moins d'énergie qu'en temps normal, mais on a le temps à la place, et ça c'est précieux. Le mois des bouches pâteuses, des baleines douteuses et des dernières minutes douloureuses.... Le mois d'une fraîcheur retrouvée après quelques dattes et un verre d'eau. 



Le mois de la prière, de la foi, des beaux élans. De la méditation, de la lecture, du Coran. Le mois de la réflexion, du bilan personnel annuel, pour essayer de se remettre en selle. Le mois de l'espoir, de la reprise à zéro. C'est le mois cadeau, comme une éternelle seconde chance qui revient chaque année. Le mois d'une générosité sans égale, une pensée pour autrui soudainement ravivée. Le mois qui fait ressortir les bons sentiments de chacun des marocains, une sorte de ferveur nationale visant à faire le bien, une envie de mieux-être collective, un vent positif pour tout un pays. Le mois du Maroc qui se ressource, qui pense, qui se prive pour mieux renaître, pour mieux apprécier tout ce qu'il possède, pour s'améliorer. Cette faculté qu'a ce pays à vouloir tendre vers le Bien, en toute heure, m'émerveille. Certes, il faudrait que tout cela tienne, un peu plus longtemps, un peu moins facilement oublié... Oui Ramadan a son lot de dommages mais ici je voudrais plutôt lui faire un hommage, car en somme Ramadan c'est un peu pour chacun une occasion, un moment, un moyen, pour se remettre en question et tendre encore vers le mieux. Ramadan Kareem !

Gawria Aromatisée

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