Les filles de chez Bla-Bla

Les filles de chez BlaBla parlent de leurs jours de congés, des voyages que leurs maris leur payent en râlant sur le billet business class à 50 000 DH pour aller à New York, et puis c'est nul New York l'hiver il fait trop froid ! Oh non, au contraire c'est beau New York l'hiver, j'adore les vitrines, l'ambiance de Noël et tout c'est magnifique !

Les filles de chez BlaBla parlent de fringues. Elles se plaignent du magasin YSL de Casablanca qui est trop peu fourni par rapport aux collections parisiennes. Hard times. Crisis. Despair.

Les filles de chez BlaBla sont mariées à un Monsieur de bonne famille. Tantot pour des raisons pécuniaires, tantôt familiales, tantôt amoureuses. Elles l'assument pleinement et le revendiquent haut et fort. Elles vivent dans des villas et leurs mères semblent être leurs pires plaies. 


Les filles de chez BlaBla ont toutes soit une Mini dont elles laissent les clés au gardien pour la garer, soit un chauffeur pour les déposer et les récupérer. Elles râlent quand même quand il faut payer le gardien. C'est humain, en fait, de râler.


Les filles de chez BlaBla s'appellent toutes "ma chérie". À coups de "Hbiba", elles se détestent au plus haut point mais passent maîtresses en art de l'hypocrisie, et font mine en permanence de s'intéresser aux autres en partageant rires et tberguigs. Le reste du temps, elles se pourrissent tour à tour dans le dos.


Les filles de chez BlaBla travaillent pour passer le temps. Pour s'amuser. Car in fine, leurs voitures, leurs Vuitton et leurs cafés haut de gamme, ce ne sont pas leurs bourses mensuelles qui vont les leur payer, il faut une autre dimension de porte-feuille (cf père/mari). Non, elles bossent histoire de se donner un sens, une existence, d'être intégrées dans la société. Et je trouve ça plutôt classe, sincèrement. Car on ne choisit pas d'où l'on vient, mais on choisit ce que l'on fait. Elles pourraient passer leur journée de manucures en boutiques, mais préfèrent se prendre la tête à gérer une vie de salariée. Respect.


Les filles de chez BlaBla semblent avoir perdu leur darija. Ici, c'est en français que l'on s'exprime, et c'est même une fierté de ne pas savoir parler arabe. Bizzare.

Les filles de chez BlaBla nous offrent chaque jour un défilé de mode sans nom. L'une après l'autre, elles arrivent, leur parfum et le bruit de leurs talons les précédant, jusqu'à nous dévoiler l'immensité de leur garde-robe et leur talent de bête de mode. Là, ce sont les moments où malgré nous, on se fait toute, toute petite.


Les filles de chez BlaBla arrivent en panique de bon matin lorsqu'elles n'ont pas eu le temps de se vernir un dernier ongle et demandent désespérément si l'une d'entre elles n'aurait pas de vernis à lui dépanner. Le pire, c'est qu'il y en a qui en ont. De la bonne couleur.

Les filles de chez BlaBla racontent le lundi matin les soirées folles du samedi soir où, forcément, elles se sont croisées.



Les filles de chez BlaBla, c'est aussi le Maroc, c'est un Maroc privilégié, un Maroc que j'aime moins, un Maroc copié/collé sur une culture qui n'est pas la sienne, un Maroc qui me déprime, un Maroc qui abuse, un Maroc qui me perd. Mais c'est quand même un Maroc, et même si je fais dans le sarcastique, ne m'en voulez point, dans toutes les catégories il y a des gens bien, et je sais le reconnaître. C'est aussi un Maroc qui fait bouger les choses, un Maroc qui interpelle, un Maroc qui construit, un Maroc qui participe, un Maroc qui donne, un Maroc qui motive.



Gawria Aromatisée

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