De Ghandi à Sidi Moumen

Un proverbe marocain dit : "Avant de choisir ta maison, choisis tes voisins". Passer des environs de Ghandi aux confins de Hay Moulay Rachid ou de Oulfa Essalam, ce n'est pas ce que la plupart des casaouis appelleraient une ascension sociale. Ce n'est peut-être pas dans l'air du temps, en tous cas ici au Maroc, et pourtant. Et pourtant, c'est une grande richesse, habiter un quartier populaire. Le bonheur de s'éloigner de des foules trépidantes, assouvies à la surconsommation et à la surenchère de l'apparence. Ces bébés aux cuillères d'argent et ces middle qui se pâment de vivre dans un soi-disant beau quartier, payant le triple un appartement minable mais placé au plus près du fameux triangle d'or de la capitale économique. 

La vie pourtant, c'est retrouver son essentiel. Parfois, je laisserais bien tout pour partir m'exiler dans une palmeraie perdue entre Ouarzazate et Errachidia. Ne vivre que de l'essentiel, d'amour, d'enfants et de rire. Bon, je sais, je tiendrais 3 jours puis ça me soulerait. C'est sûrement pour ça que je ne le fais pas.


Vivre dans un quartier populaire, c'est réarranger sa vie. C'est sortir au souk juste à côté en djellaba et pas en jean moulant. Et ce n'est pas grave, c'est juste du respect, se fondre dans le décor pour s'intégrer. Ici, on est doublement étranger. C'est baragouiner en arabe et oublier le français. Regarder les gens s'animer, ouvrir les yeux, s'emplir la tête de monde qui grouille. C'est remplir son panier pour trois fois moins et trois fois mieux. C'est couper totalement soir et weekends avec l'ambiance du centre-ville. C'est avoir moins de liberté de se pavaner toute seule le soir certes, mais aussi en profiter pour passer plus de temps ensemble, améliorer sa vie de famille, apprendre à prendre soin de soi, de ses proches et de sa vie intérieure. 

Vivre dans un quartier populaire, je trouve que c'est une philosophie de vie. Cela implique des contraintes, loin du travail, loin des amis, peu de choses aux alentours. Cela nous apprend que la vie n'est pas dans la consommation de choses, mais de moments. C'est une manière de relativiser tout ce qui nous brûle notre sérénité chaque jour : facebook, l'actualité, l'immédiateté de tout. Arrêter de stresser nos heures et nos minutes. Arriver chez soi, poser son téléphone, couper avec le reste, se concentrer sur l'humain qui nous entoure.

Vivre dans un quartier populaire, c'est côtoyer chaque jour des gens qui triment, des gens qui en veulent, des gens qui ont du mal mais qui vivent quand même, et viennent te rappeler que ton salaire équivaut à 5 fois le leur, et que malgré tout ils ont le même sourire que toi, le même appartement, les mêmes étapes de la vie. C'est éviter de se laisser glisser dans un monde de possession où tout n'est jamais assez. De perdre ses repère, de se sentir en manque constant, de vouloir toujours squatter la locomotive. Alors que peut-être, la vie est ailleurs... Certes on a besoin d'un équilibre, de mixer les univers et de tout côtoyer, mais cette coupure entre plusieurs Casa fait grandir et aère un peu le cerveau en rentrant du boulot.

Dans un quartier populaire, les gens sont différents, mais tout aussi attirants, voire encore plus fascinants. Ils sont vrais. On pourra les dire moins ouverts, moins modernes, c'est vrai. Mais ils conservent des trésors de valeurs, de talents, de merveilles. Et des surprises aussi ! Des discours qu'on n'aurait jamais cru entendre là-bas, des destins, des tenues inattendues. Des gosses aux pères, des femmes aux grands-mères, derrière les portes, derrière les murs, au creux des ruelles et dans les échoppes, sur un scooter ou en plein souk, les quartiers pop de Casa sont des mines d'or.

Je t'aime la vie.

Gawria Aromatisée

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